Laissez-moi courir …

Aujourd’hui, j’ai couru.
Ça peut te sembler banal. Eh bien, pour moi, c’est loin de l’être. Juste à y repenser, j’ai envie de pleurer. J’suis tellement heureuse, si tu savais. Depuis environ 1 an, jour pour jour, je n’ai pas pu courir une seule fois sans avoir mal, et donc, presque pas pu courir du tout. Il y a un an, en avril, ma physio me disait que j’avais :
  1. Un syndrome fémoro-patellaire
  2. Des périostites aux deux jambes
  3. Un problème de nerfs sciatique enroulé autour du péroné
Il y a un an, elle me disait aussi qu’avec des exercices et des rencontres régulières, je serais en mesure de faire mon demi-marathon à la fin mai. Un mois plus tard, malgré tous les efforts que j’y ai mis, et qu’elle y a mis, elle me disait que je ne devrais pas faire le demi, et au fond, je le savais.
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Moi qui avait tellement hésité à m’inscrire au demi, parce que je doutais de moi, mais qui avait fini par céder à mon père qui me lançait des blagues à tout bout de champ. Ah ouin? Tu vas voir qui va finir première. C’était devenu notre petite gué-guerre familiale. On avait tous les deux des entraîneurs différents, donc un plan différent, et on s’écœurait en masse.
J’aimais ça, courir. Toute ma jeunesse j’avais eu des difficultés avec mes genoux parce que j’avais grandi trop vite. Je n’étais donc pas tellement le genre à courir à tout bout de champ pour le fun. Et je n’avais  pas un cardio très extraordinaire non plus, comme tu peux te l’imaginer. Pourtant, vers la fin du secondaire (quand mes problèmes de genoux se sont arrêtés) j’ai commencé à vouloir améliorer mon cardio. Ça fait que j’ai commencé à courir de temps en temps. Je n’étais pas tellement du genre à me pousser à 110%, mais je m’améliorais un peu! En secondaire 5, je suis passée de 3.5 paliers au test du bip à 5 en m’entraînant toute seule. Puis je me suis inscrite au Grand défi Pierre Lavoie au secondaire, pour lequel je me suis entraînée pendant 2 mois et demi. Et à la fin de mon secondaire 5, je faisais donc 7.5 paliers, au lieu de 3.5. Fierté.
J’ai continué à courir de temps en temps, surtout au printemps et à l’automne. L’été y fait trop chaud. Jusqu’à ce fameux défi du demi. Je me dépassais, je performais, je me sentais si BIEN. J’étais rendue à courir 12km, DOUZE KILOMÈTRES. Jamais de ma vie je m’en serais crue capable (je sais, je n’ai pas une très bonne estime de moi). Mon endurance cardiovasculaire n’avait jamais été meilleure, mais mes jambes, elles, avaient été mieux.
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Avant de me rendre jusqu’à la physio, je me suis achetée des bas de compression, des nouveaux souliers. J’ai pratiqué beaucoup de déni, et puis après environ 1 mois de douleurs qui n’avaient plus de sens, j’y suis allée. Meilleur choix, pire déception. J’ai pas été brillante, j’avais continué à courir sur une blessure… non pas une, TROIS. Moi qui croyais que j’étais folle, que j’avais sûrement rien, eh bien non. L’art de s’écouter 101. J’ai eu mal à l’orgueil de devoir dire que je n’étais pas capable de faire le demi. J’ai pleuré. J’ai tellement pleuré de rage, de peine, de déception, de colère contre moi-même, je me suis trouvée faible, je me suis même insultée moi-même (dans ma tête). Mais ça ne changeait rien. Le mal était fait.
Puis aujourd’hui j’ai réussi. J’ai couru. J’ai même pas eu mal (pour de vrai cette fois-ci). J’ai été patiente, je me suis laissé du temps, et j’ai enfin pu courir. Et si tu savais comme je suis fière de moi. J’ai pas fait grand-chose, j’ai couru 20 min. d’intervalles de marche et de course, mais je n’ai pas eu mal. And it meant the world to me. Je m’en fous si je dois continuer à ne faire que ça pour le reste de ma vie, sans m’améliorer plus que ça. Reste que je.peux.courir. Mais j’ai peur. J’ai la chienne de voir la p’tite lueur d’espoir se faire prendre encore une fois dans un gros trou noir de douleur. J’ai peur d’me réveiller demain pis d’avoir mal. Mais j’peux pas m’empêcher de me dire que peut-être que demain je vais pouvoir aller courir.
Donc la prochaine fois que tu es fâché contre toi-même, que tu crois que tu n’en seras jamais capable, que tu ne pourras jamais te remettre d’une blessure, rappelle-toi d’être patient. Le corps fait des miracles, TON corps est un miracle. Je sais que c’est dur. Je sais que t’es fâché. Et je sais que tu es tanné de te faire dire que «ça va aller», «c’est pas la fin du monde», «y’a pire problème», «ça va passer». Mais garde espoir. Crois en toi.
Camille Arcand
Camille Arcand
Camille est une étudiante en psychoéducation à l'Université de Montréal. Elle a récemment découvert sa passion pour l'entraînement physique et s'intéresse plus particulièrement aux problèmes alimentaires et psychologiques, ainsi qu'a l'estime de soi s'y rattachant.

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